Chaque mercredi soir depuis près de quarante ans, l’association Partage Dix-Neuvième sert un repas chaud à une vingtaine de convives du quartier. Martine, qui la fait vivre depuis trente-huit ans, ainsi que plusieurs bénévoles et bénéficiaires, racontent ce rendez-vous devenu, pour beaucoup, le meilleur moment de la semaine.
Une histoire née du Secours Catholique
Partage 19ᵉ est née il y a près de quarante ans, à la suite d’une initiative portée auparavant par le Secours Catholique, qui organisait déjà des repas solidaires dans la paroisse Saint-François d’Assise. « Lorsque cette activité s’est arrêtée, de nombreuses personnes ont exprimé leur souhait qu’elle puisse continuer. Un ancien curé de la paroisse a alors souhaité maintenir ces repas en créant une nouvelle association, avec le soutien de la Fondation Notre Dame », raconte Martine, responsable de l’association depuis l’origine.
Depuis, le rythme n’a pas changé : les courses commencent le lundi, la récupération du pain et des invendus le mardi soir, la préparation du repas le mercredi après-midi, avant l’accueil des convives en soirée. « Le mercredi est resté notre jour de rendez-vous depuis le début. Les personnes ont pris cette habitude », explique Martine.
Des convives de plus en plus seuls et âgés
« Nous accueillons toutes les personnes qui en ressentent le besoin, sans condition particulière : des personnes sans domicile, des personnes âgées, des personnes isolées, ou encore des habitants du quartier qui disposent de très faibles ressources », détaille Martine. « La majorité de nos convives sont des personnes seules. Nous recevons aujourd’hui beaucoup moins de familles qu’autrefois et le public est globalement plus âgé. » Le bouche-à-oreille reste le principal moyen de faire connaître l’association, souvent via les autres structures solidaires du quartier.
Un repas, mais surtout un moment de convivialité
« Le repas est important, mais il n’est pas l’essentiel. Les personnes viennent surtout pour rompre la solitude, discuter et retrouver une ambiance chaleureuse », insiste Martine. Les convives sont accueillis dès 18h30 ; le repas, complet (entrée, plat, fromage, dessert, café ou thé), est servi vers 19 heures. « Ce n’est pas une simple distribution alimentaire. » Chaque semaine, l’association sert en moyenne entre quinze et vingt repas et distribue une dizaine de colis à celles et ceux qui ne peuvent pas rester sur place.
Des bénévoles fidèles, mais des moyens qui se tendent
Entre cinq et huit bénévoles se relaient selon les semaines, pour beaucoup des retraités disponibles dès le mercredi après-midi. « Ce qui nous rassemble, c’est l’envie de rendre service », dit Martine. « Je travaille encore, mais je tiens à être présente le mercredi soir. J’aime aider les autres et je trouve ici un véritable esprit d’équipe », complète Élise, bénévole.
La principale difficulté reste le recrutement : la collecte du pain, par exemple, doit se faire le mardi soir après la fermeture de la boulangerie, ce qui suppose une voiture et une disponibilité pas toujours faciles à trouver. Les collectes en grandes surfaces ont dû être abandonnées, trop de sollicitations rendant les dons plus rares ; l’association s’appuie désormais sur ses partenariats de quartier. À cela s’ajoute la hausse du coût des denrées alimentaires, qui pèse chaque semaine un peu plus sur le budget.
Le soutien de la Fondation Notre Dame
« Le soutien de la Fondation Notre Dame est essentiel. Il nous permet de financer l’achat des denrées alimentaires et de poursuivre notre activité tout au long de l’année », explique Martine. Les convives participent, lorsqu’ils le peuvent, à hauteur d’un euro symbolique. « Aujourd’hui, la Fondation Notre Dame demeure notre principal soutien. Sans elle, il serait très difficile de maintenir cette activité. »
Des liens qui durent
Nadine vient chaque mercredi depuis plusieurs années. « J’ai connu Partage 19ᵉ grâce à la paroisse du quartier. Pendant longtemps, je n’ai pas osé venir, puis j’ai franchi la porte et j’y ai découvert un accueil très chaleureux. Si l’association n’existait plus, c’est cette chaleur humaine qui me manquerait le plus. » Un autre bénéficiaire, qui fréquente l’association depuis 2013, insiste sur la qualité des repas : « Pour moi qui suis diabétique, ils m’ont même aidé à mieux prendre soin de ma santé. Mais ce qui me fait revenir chaque semaine va bien au-delà : ici, on se sent un peu comme en famille. Comme le dit ma diététicienne, c’est aussi le petit plaisir de la semaine. »
Certaines personnes accueillies deviennent à leur tour bénévoles, comme Moshe, qui vient « pour aider » quand il le peut, « mais aussi pour partager le repas ». « Elles souhaitent rendre ce qu’elles ont reçu et continuent ainsi de faire vivre cette chaîne de solidarité », observe Martine. « Voir les personnes revenir semaine après semaine est sans doute notre plus grande satisfaction. »
« Partage 19ᵉ, c’est bien plus qu’un repas : c’est un lieu de rencontre où chacun peut retrouver un peu de chaleur humaine, de convivialité et de dignité », résume Martine.
Reportage de Laëtitia Lepel