À Sant’Egidio, la solidarité ne prend pas de vacances

À Paris, la communauté Sant’Egidio accompagne les personnes sans domicile, les personnes âgées isolées, les enfants et les réfugiés, été comme hiver, en misant sur une conviction : la relation d’amitié compte autant que l’aide elle-même. Vincent, président de l’association à Saint-Merry, Hugo, responsable de l’École de la Paix de Charenton-le-Pont, et Chantal, bénévole, racontent cette présence et pourquoi l’été la rend plus nécessaire encore.

 

Une mission fondée sur la relation

Sant’Egidio est née à Rome en 1968, à l’initiative d’Andrea Riccardi et de quelques amis, alors lycéens, dans les bidonvilles où vivaient de nombreuses familles venues du sud de l’Italie. « Andrea Riccardi a fait le choix de s’appuyer sur l’Évangile pour construire un monde plus fraternel, à travers la rencontre et le service des plus pauvres », raconte Vincent, président de l’association Sant’Egidio à Saint-Merry. La communauté s’est depuis développée dans plus de soixante-dix pays ; elle est arrivée à Saint-Merry il y a près de six ans, à la demande de l’archevêque de Paris. « C’est à cette occasion que j’ai fait connaissance avec la communauté », se souvient Chantal, bénévole depuis lors.

« Ce qui unit toutes nos actions, c’est la volonté de créer une relation d’amitié. Nous ne cherchons pas seulement à rendre un service, nous voulons partager un moment de vie avec les personnes que nous rencontrons », explique Vincent. Le repas dominical, la « cantine familiale », en est l’illustration : on dresse les tables, on mange ensemble, on prend le temps de discuter.

 

L’été, une période où les besoins augmentent

« On imagine souvent l’été comme une période heureuse. Pourtant, pour les personnes les plus vulnérables, c’est souvent le moment le plus difficile de l’année », explique Vincent. Les commerces ferment, les voisins partent, et de nombreuses structures d’accueil réduisent leur activité. C’est pour répondre à ce creux que Sant’Egidio a développé l’« Été de la solidarité » : maraudes, cantine familiale, visites aux personnes âgées et activités pour les enfants sont maintenues tout l’été. « Nous voulons que personne ne se sente abandonné au moment où tant d’autres activités s’interrompent », insiste Vincent. Cette période de creux pour les personnes les plus fragiles devient aussi un temps d’engagement : de nouveaux bénévoles rejoignent alors la communauté, souvent des jeunes restés à Paris pour travailler ou effectuer un stage.

 

Des actions concrètes

 

Personnes âgées

Les visites aux personnes âgées comptent parmi les engagements historiques de Sant’Egidio, à domicile ou en EHPAD. Chaque samedi après-midi, un groupe se retrouve aussi à l’église Saint-Merry pour un temps de prière et un goûter partagé entre quinze et vingt personnes. « Ces rencontres sont avant tout l’occasion de rompre la solitude », raconte Chantal, qui accompagne ce groupe depuis plusieurs années. Les personnes âgées y prennent aussi une part active : elles préparent elles-mêmes, le samedi, une partie du repas servi le dimanche à la cantine familiale. « Cela permet à chacun de continuer à se sentir utile et de prendre sa place dans la vie collective », souligne Vincent.

Chaque été, une trentaine d’entre elles partent quelques jours à Épernon, dans un prieuré à la campagne. « Pour beaucoup, il s’agit des seules vacances de l’année. La solitude des personnes âgées n’est pas seulement matérielle, c’est aussi une solitude de la parole », explique Vincent. Pendant les épisodes de canicule, le groupe organise des appels réguliers et des visites à domicile pour s’assurer que chacun s’hydrate et va bien.

 

Enfants : l’École de la Paix

À Charenton-le-Pont, Hugo Picard, 24 ans, étudiant en kinésithérapie, anime l’École de la Paix depuis plus de six ans. Destinée aux enfants de l’école primaire, elle propose chaque samedi après-midi un temps d’accompagnement aux devoirs, des jeux et des ateliers autour de la paix, avant un goûter partagé. Une vingtaine d’enfants y participent régulièrement. « Les animateurs sont souvent des lycéens ou des étudiants. Cette proximité crée une relation presque fraternelle », décrit Hugo.

À leur entrée au collège, les enfants peuvent poursuivre leur engagement au sein d’un autre groupe de Sant’Egidio, les Friends (« Amis de la Paix »), où ils participent notamment à des visites auprès de personnes âgées en maison de retraite. « L’idée est de permettre aux jeunes de continuer à faire vivre ces liens d’amitié et de solidarité au-delà de l’École de la Paix », explique Hugo.

Du 11 au 14 juillet, une vingtaine d’enfants et une dizaine de bénévoles partiront à Épernon pour un séjour sur le thème « Paix sur toutes les terres ». « Beaucoup des enfants que nous accueillons ne partent jamais en vacances. Pour eux, ce séjour représente parfois les seules vacances de l’année », rappelle Hugo.

Un souvenir résume, selon lui, ce que l’École de la Paix apporte. Lors d’un séjour à Épernon, un enfant ukrainien ayant fui la guerre a confié, autour du feu, que le groupe était devenu sa deuxième famille. « Nous avons compris que ce que nous construisions allait bien au-delà des activités proposées : nous offrions un lieu où cet enfant pouvait se sentir chez lui. » Cet enfant poursuit aujourd’hui son engagement au sein des Friends et rend à son tour visite à des personnes âgées en maison de retraite.

 

Réfugiés : les Couloirs humanitaires

Sant’Egidio est également engagée auprès des réfugiés grâce au programme des Couloirs humanitaires, lancé en Italie en 2015 puis en France en 2017, qui offre une alternative légale et sécurisée aux traversées de la Méditerranée. « Nous identifions dans les camps du Liban les familles les plus vulnérables afin de leur permettre de rejoindre la France en toute sécurité », explique Vincent. L’engagement se poursuit après l’arrivée : logement, démarches, apprentissage du français, insertion. Depuis 2017, plus de 800 personnes ont ainsi été accueillies en France.

 

Un impact humain fort

« L’impact se lit dans les visages, dans les liens qui se créent et dans l’espérance qui renaît », résume Vincent. « Je pense à certaines personnes âgées qui arrivent très découragées, convaincues qu’elles ne servent plus à rien. On les voit peu à peu retrouver le sourire et se projeter de nouveau dans l’avenir. » Chantal, psychologue de profession et bénévole également à la Maison Bakhita auprès de demandeurs d’asile, observe le même mouvement : « Prendre le temps d’écouter les gens ou simplement de leur téléphoner est déjà très important. On reçoit toujours beaucoup lorsque l’on prend soin des autres. »

 

Quelques chiffres clés

Chaque dimanche, la cantine familiale de Paris accueille en moyenne 150 personnes, jusqu’à 200 à 220 en été. Sant’Egidio accompagne par ailleurs plusieurs centaines de personnes âgées chaque année, à domicile ou en EHPAD, dont une trentaine part chaque été en séjour de vacances à Épernon. Depuis 2017, plus de 800 réfugiés ont été accueillis en France grâce au programme des Couloirs humanitaires.

 

Le rôle de la Fondation Notre Dame

« La Fondation Notre Dame est avant tout un partenaire fidèle. Depuis de nombreuses années, elle soutient les grandes actions de Sant’Egidio, notamment le repas de Noël, puis plus récemment l’Été de la solidarité », explique Vincent. « L’été est une période où beaucoup d’activités ralentissent naturellement, mais les personnes les plus pauvres, elles, ne partent pas en vacances. Grâce à ce soutien, nous pouvons maintenir nos actions durant cette période où les besoins sont particulièrement importants. »

« Je dirais que l’Été de la solidarité est une manière de résister à l’oubli », conclut Vincent. « Nous voulons montrer qu’il est possible de profiter de l’été sans oublier celles et ceux qui vivent cette période dans l’isolement. »

 

Reportage de Laëtitia Lepel