À Paris, dans le quartier de la Goutte-d’Or, la paroisse Saint-Bernard-de-la-Chapelle propose bien plus qu’une aide ponctuelle aux personnes en situation de précarité. À travers l’association Solidarités Saint-Bernard, c’est un véritable parcours d’accompagnement qui est proposé : du vestiaire au petit-déjeuner, des cours de français à l’accès à l’emploi, jusqu’aux distributions alimentaires pour les familles du quartier.
Rencontrés lors d’une visite en février, Thierry Lévrier vice-président de l’association Solidarités Saint-Bernard et le Père Constant Munkala, curé de la paroisse, expliquent comment cette dynamique se déploie au quotidien.
Une paroisse à « deux poumons »
« Cette paroisse a deux poumons : la foi et l’accueil » résume le Père Constant Munkala. Située dans le 18e arrondissement de Paris, au cœur d’un territoire socialement mixte, la paroisse Saint-Bernard-de-la-Chapelle rassemble des habitants de longue date et des personnes récemment arrivées en France. « C’est ensemble qu’ils travaillent à rendre autonomes les personnes accueillies selon un parcours qui prend en compte les besoins des habitants » précise le curé.
Cette volonté de conjuguer foi et accueil se traduit par des actions concrètes au quotidien, qui vont du vestiaire aux cours de français, jusqu’aux distributions alimentaires et à l’accompagnement vers l’emploi.
Le vestiaire : retrouver dignité et chaleur
Parmi ces initiatives, le vestiaire joue un rôle central. « Grâce au vestiaire, les personnes peuvent trouver des vêtements chauds pour l’hiver, ainsi que des chaussures, si importantes quand on dort dans la rue : on les garde au pied nuit et jour, et elles doivent résister à la pluie et au froid » explique Florence, responsable du vestiaire depuis plusieurs années. Elle veille à ce que chacun puisse trouver ce dont il a besoin et coordonne l’accueil.
Le vestiaire ouvre à 9 heures tous les samedis ; on y fait la queue tôt le matin et on y trouve, dès qu’on entre, un petit-déjeuner servi par Josette et son grand sourire. L’équipe des bénévoles est nombreuse, composée en majorité d’anciens bénéficiaires qui viennent redonner ce qu’ils ont eux-mêmes reçu précédemment et animée par Laurence et Nathalie, présentes tous les jours pour trier, ranger et organiser.
Chaque samedi, entre 80 et 120 hommes sont accueillis. Un autre créneau est ouvert le jeudi en semaine pour la trentaine de femmes avec enfants.
Le français, au cœur du parcours d’intégration
Apprendre la langue française est une priorité pour pouvoir s’intégrer et démarrer un véritable parcours d’intégration ; L’association propose des cours de FLE (français langue étrangère) qui permettent d’apprendre l’alphabet latin d’abord, puis progressivement du vocabulaire.
Lors de notre visite, deux bénévoles assurent les cours : Florent pour le groupe débutant et Marie pour les élèves les plus avancés. Ils interviennent sous le regard bienveillant de Michel Antoine, président de l’association depuis plusieurs années, lui-aussi enseignant et coordinateur des ateliers. Les élèves sont accueillis au rez-de-chaussée de l’immeuble ,dans une grande salle transformée chaque soir pour l’accueil des personnes de la rue, dans le cadre de « Hiver Solidaire ». Cette année, six personnes bénéficient du dispositif paroissial jusqu’au 31 mars.
Ces cours ne sont pas qu’un apprentissage linguistique : ils aident les participants à retrouver confiance en eux, première étape d’un parcours d’intégration qui se poursuit avec les démarches administratives auprès de la préfecture avec l’accompagnement de bénévoles. Puis viendra la recherche d’un emploi et d’un logement, avec l’appui bénévole d’une assistante sociale.
Sur ce sujet, voir un de nos articles précédent :
Dix distributions alimentaires annuelles pour les familles du quartier
Chaque année, la paroisse, via l’association, organise pour les personnes du quartier remplissant les conditions (180 familles pour plus de 250 demandes) dix distributions alimentaires, qui coûtent chacune près de 7 000 euros. Laure, responsable des distributions, indique que ce sont ainsi 20 kilos de nourriture et produits d’hygiène de première nécessité qui sont distribués à 180 familles avec enfants soit un total de 800 personnes environ, avec une priorité donnée aux familles qui ont un enfant handicapé. Les familles bénéficiaires sont choisies en début d’année. La plupart habitent en HLM ou hôtel social.
Des parcours qui inspirent
Thierry Lévrier, le vice-président, se dirige versbdou, bénéficiaire du parcours proposé par Solidarités Saint-Bernard. D’origine algérienne, ce dernier vient d’obtenir un titre de séjour d’un an et travaille dans le bâtiment en tant que plaquiste. Il explique, les yeux brillants : « Je vais enfin pouvoir créer mon entreprise ».
« Accepter l’aide et venir aux distributions n’est pas évident » confie la jeune femme. « La plupart des bénéficiaires deviennent bénévoles eux-mêmes dès qu’ils le peuvent ou qu’ils en sont capables, quand ils ont retrouvé leur dignité. » C’est le cas de Wahiba, ancienne bénéficiaire, devenue bras droit de Laure. Elle aide à réguler le flux des bénéficiaires et à organiser les distributions. C’est elle qui a pris en charge la liaison avec l’école Sainte Marie toute proche afin que des élèves de CE2 et CM2 participent à la préparation de la distribution. « C’est une vraie réussite ! » conclut Laure.
Des bénévoles au cœur du fonctionnement
Ces actions ne pourraient être menées sans l’engagement des bénévoles. « Tout le monde est bénévole ici » explique Thierry. « Les frais de fonctionnement de l’association sont très modestes (moins de 400 euros) ; en revanche, le budget nécessaire pour couvrir les besoins des personnes accueillies et du quartier dépasse les 100 000 euros. La Fondation Notre Dame, qui nous accompagne depuis plus de 10 ans, est l’un des trois principaux partenaires financiers de l’association Solidarités Saint-Bernard ».
Thierry Lévrier veille au bon déroulement des opérations et coordonne les différentes activités. Ancien officier général de l’armée de l’air, il applique ses talents d’organisateur pour , s’assurer que chaque responsable respecte le budget prévu et alloué et que les actions se déroulent dans la bonne humeur et la bienveillance. Comme il le rappelle, sans la Fondation Notre Dame qui nous accompagne et couvre financièrement une partie des achats de produits d’hygiène et de première nécessité et des charges des locaux, « nous n’aurions jamais pu réussir cet accompagnement qui permet à Solidarités Saint-Bernard d’être un des poumons de ce quartier défavorisé mais tellement vivant de la Goutte-d’Or ».
Reportage de Véronique Berling
© François Le Page







