« L’entraide reste au cœur de nos préoccupations »
Comment la Fondation Notre Dame répond-t-elle aujourd’hui à sa vocation ?
Chaque année, la Fondation multiplie sa force d’intervention en soutenant des projets soit modestes mais nécessaires, soit de plus grande envergure. Avec le conseil d’administration, nous déterminons les orientations à prendre et les urgences pastorales. Face à la crise qui a révélé − et parfois amplifié − des réalités douloureuses, la Fondation se doit d’être plus que jamais présente. Grâce aux dons reçus, nous avons pu accompagner une cinquantaine de projets différents au cours des douze derniers mois. J’adresse ici mes profonds remerciements à tous nos donateurs. Chers amis, je n’ignore pas que vous êtes très souvent sollicités mais, en ces temps difficiles, ne réduisez pas votre générosité. Par vos dons, vous devenez acteurs d’une société plus humaine et plus durable. Votre geste demeure indispensable !
Quels sont les chantiers prioritaires ?
Au cours de l’année passée, ce sont 522 000 €, soit 61% des dons reçus, qui ont été consacrés aux œuvres de solidarité tels le secours alimentaire, l’accueil de femmes en détresse ou de sans abri, la prise en charge de personnes droguées ou handicapées, etc. L’entraide reste au coeur de nos préoccupations.
Dans quels autres domaines la Fondation s’implique-t-elle ?L’éducation est un enjeu important pour la Fondation qui soutient largement des associations porteuses de projets éducatifs et les patronages. Enfin, la culture, parce qu’elle aide l’homme à se réaliser pleinement, nous paraît un domaine incontournable dans lequel notre contribution s’inscrit dans la réalisation de spectacles et d’œuvres culturelles, comme la création récente de l’Institut Jean-Marie Lustiger.
« Eduquer et développer un regard d’attention vraie sur les personnes handicapées »
Pour vous, Monseigneur, le handicap a-t-il une place, un dessein particulier dans notre société ?
Notre société entretient un rapport étonnant avec le handicap. Elle est capable de mettre en place des moyens très généreux pour aider les personnes handicapées à vivre du mieux possible, et simultanément, elle voudrait les empêcher de venir au monde. Aujourd’hui, beaucoup de nos contemporains côtoient des personnes handicapées sur leur lieu de travail, dans leur école, dans leur immeuble. Et chacun peut voir et comprendre que les personnes handicapées sont capables de mener une vie sociale et familiale épanouie non seulement pour eux mais aussi pour leur entourage. A partir de là certains restent dans la peur, et d’autres changent leur regard.
Que pensez-vous de la façon dont les chrétiens accueillent aujourd’hui le handicap ?
Le Christ que nous adorons se présente justement dans sa Passion comme celui que la souffrance a défiguré. La foi chrétienne façonne donc notre regard pour reconnaître dans celui qui est fragile ou souffrant, par exemple à cause de son handicap, celui que Dieu regarde en premier.
Que pourrait-on, d’après vous, faire de plus ou de mieux ? Qu’est-ce qui importe vraiment ?
C’est la question de la dignité. Ultimement, la dignité de chacun n’est pas une affaire de grands principes ni de lois. Il n’y a pas de dignité en soi, ni de dignité par comparaison. Je trouve ma vraie dignité dès lors qu’un regard de bienveillance, d’attention vraie ou d’espérance est posé sur moi. C’est ce regard que nous sommes appelés à éduquer et à développer à l’égard des personnes handicapées.
« Favoriser une expérience de vie commune éducative »
Pourquoi la Fondation Notre Dame soutient-elle des séjours d’été pour les jeunes ?
Ces propositions entrent dans le cadre de la mission de la Fondation Notre Dame. Elles permettent que des jeunes d’origines diverses se rencontrent et partagent autour des adultes responsables une expérience de vie commune, à travers les activités culturelles et sportives, les temps de services, les actes de la vie quotidienne, le contact avec la nature et l’apprentissage des règles de respect et d’attention.
Ces camps viennent donc compléter l’éducation donnée en famille ?
D’abord parce qu’ils permettent aux enfants de sortir du cadre de la grande ville et d’évoluer dans un autre terrain d’aventure. Certaines familles ont besoin d’être aidées pour rendre cette expérience possible. Pour les enfants dont la famille est très réduite, c’est l’occasion d’un apprentissage, le plus souvent heureux, de la vie en société. Enfin, les rapports qui se créent entre les adultes de l’encadrement et les enfants éclairent d’une manière nouvelle les potentialités et les qualités de chaque enfant. Ceux-ci sont heureux de les percevoir, et les parents en reçoivent souvent des échos. Un certain nombre de jeunes parents manquent parfois de perspectives dans leur rôle d’éducateurs. Ils ont besoin d’être rassurés et encouragés.
Pensez-vous que ces jeunes peuvent sortir changés de ces journées de camps ?
Ces camps sont un lieu privilégié pour faire l’apprentissage de la vie commune dans un cadre structuré. Ils sont également un des rares endroits où les enfants ont une chance d’entendre parler de Jésus-Christ. C’est une joie et une grâce pour les aumôniers et les animateurs de ces camps d’être à ce carrefour et de pouvoir jouer leur petite partition dans ce cadre propice.
« Une grande diversité d’initiatives »
Que vous ont révélé les deux premières éditions du Forum de la charité ? La charité vivante des chrétiens se manifeste à travers une grande diversité d’initiatives en fonction des situations locales et des besoins toujours changeants. Il est significatif que beaucoup de ceux et celles qui rencontrent des graves difficultés se tournent vers l’Eglise. Je rends grâce à Dieu pour tout ce qui est entrepris et réalisé à Paris, même si cela vient en réponse à des situations parfois tragiques.
Faut-il organiser la charité ?
Oui, car c’est le seul moyen de dépasser les bons sentiments. Quels que soient nos moyens (souvent modestes), nous devons nous concerter et choisir les actions dans lesquelles nous pouvons apporter quelque chose de spécifique : du temps, de l’attention, des moyens matériels aussi, bien sûr ! Il faut également pouvoir décider de poursuivre ou déterminer une action. Les paroisses doivent apprendre à établir ces diagnostics.
Comment voyez-vous le rôle de la Fondation Notre Dame ?
Auprès des paroisses, elle manifeste que l’exercice de la charité est la tâche de toute l’Eglise et non pas celle d’individus isolés. Par sa capacité d’expertise et un financement rigoureusement adapté, la Fondation peut aider les groupes locaux proches des paroisses à identifier et à concrétiser rapidement des initiatives. Ainsi, elle facilite l’éclosion de nouvelles actions, grandes ou petites, mais toujours nécessaires pour tisser des liens de fraternité avec les plus fragiles.
Interview de Monseigneur André Vingt-Trois Archevêque de Paris, président de la Fondation Notre Dame Edito de la Lettre d’information n°31,32,33 et 34

